Article publié le 23 octobre 2025.
Nouvelle filière d’enquête : un enjeu majeur, mais une direction opaque !
Le tract CGT et SUD suite à une réunion de juillet 2025
Le 9 juillet 2025 s’est tenue une réunion de dialogue social avec pour sujet principal la nouvelle filière d’enquêtes. Face aux enjeux majeurs que représente pour l’Insee l’arrivée de ce projet structurant, que ce soit pour les missions (réalisation des enquêtes auprès des ménages et des entreprises) ou pour les agents (enquêtrices et enquêteurs comme de bureau), une fiche d’impact devait nous être présentée : nous étions donc impatients d’avoir cet échange. D’autant plus qu’il est transversal, concernant 4 directions et le secrétariat général. Malheureusement, il a tourné court. Il a toutefois permis de prendre date pour une prochaine réunion en novembre 2025.
Prévention ? Vous avez dit prévention ? Mais pour quoi faire ?
Le dialogue a tourné court, car les documents fournis étaient presque exclusivement limités à une réorganisation au sein de la DMSCI. La création d’une unité, OSE (pour offre de service de la filière d’enquêtes), avec pour objectif de mieux piloter la filière, avait déjà été actée en 2024. Les documents faisaient le point sur cette division et sur les évolutions en cours au sein de la mission de Nancy. Si la création de cette division a été un besoin pour consolider le fonctionnement de la filière, cela ne peut pas être le seul point d’entrée d’une réunion sur la filière. Ces documents étaient d’autant plus décevants qu’ils ne mettaient pas du tout en avant des thématiques centrales dans les formations spécialisées santé, sécurité et conditions de travail (FS-SSCT). Dans ce cas, comme dans d’autres précédemment, les responsables en charge de la santé au travail à la Direction Générale ne prennent pas en compte cette dimension majeure.
Les questions en suspens sont :
– quels sont les risques psychos-sociaux liés à une telle évolution ? Comment associer les actrices et acteurs de la prévention pour prévenir les risques ? En séance, la direction a répondu que cette association n’avait pas été jugée nécessaire, car déjà traitée au niveau de la DG en 2024. Sauf que la filière ne se limite pas à la réorganisation de la DG ! Et qu’il aurait été intéressant de faire un point d’étape ! Cette réponse est une nouvelle preuve du peu de considération de la direction de l’Insee pour les questions de prévention.
– quels sont les bilans des enquêtes qui ont déjà été gérées via la nouvelle filière ? Aujourd’hui, plusieurs enquêtes importantes ont déjà basculé dans la nouvelle filière d’enquêtes, sans aucun retour de la direction auprès des représentantes et représentants du personnel. De plus, les inquiétudes sont fortes pour les enquêtes entreprises, avec un calendrier très contraint et une pression importante pour les agents. Nous attendions que cette réunion fasse le point, mais la direction n’avait pas les éléments pour nous répondre.
– quel est le rôle de chaque intervenant dans le processus ? Comment se fait la répartition des tâches au sein de l’unité OSE ? Et comment se font les arbitrages en cas de difficultés, notamment si des considérations métiers entrent en conflit avec des questions de sécurité informatique ? Quels sont les circuits de communication entre la DG et les équipes en DR, notamment informatiques ? Ces questions ne sont pas des cas d’école, mais des situations rencontrées par les agents qui travaillent au sein de la filière. Tout ceci crée des difficultés dans le travail quotidien. La réponse apportée est une réponse d’attente (« Un qui fait quoi est en cours de rédaction »), avec la promesse d’être traitée en vue de la prochaine réunion. La direction a reconnu une période de flottement au printemps 2025, avec une gestion de crise, mais ce qui semble être réglé vu de la DG ne l’est pas du point de vue des agents concernés.
De larges trous noirs dans l’appréciation de la nouvelle filière
Les documents fournis se limitaient presque exclusivement à la situation à la DMCSI et au site de Nancy.
Pourtant, le sujet de la filière d’enquête est beaucoup plus large que ces seules évolutions d’organigramme : quels impacts pour les agents des DEM et des enquêtrices et enquêteurs ? Quel impact sur le travail des utilisateurs de la filière, et notamment les concepteurs d’enquêtes à la DG ? Quel avenir pour les agents qui travaillent actuellement sur la filière d’enquêtes historique ? La direction n’a pas répondu à ces questions.
Pour les agents des DEM et les enquêtrices, les intégrations dans la nouvelle filière se font au fil de l’eau. Mais tout cela aura à terme une conséquence sur leur travail. C’est d’ailleurs la raison majeure pour laquelle une nouvelle version du cadre d’emploi des enquêtrices a été voté fin 2024 : pour prendre en compte la part de plus en plus importante du téléphone et la diminution probablement assez forte du travail de terrain.
Au sein de l’informatique, la situation des agents en charge de la filière historique (Blaise et Capi), principalement implantés au SNDI de Lille, est un angle mort. Il n’existe à ce stade aucune perspective claire pour leur avenir. Ces agents se sentent relégués, sentiment renforcé par la valorisation de la nouvelle filière présentée comme « joyau de la couronne ». Pourtant, sans les équipes actuelles, les enquêtes, en particulier l’enquête emploi, ne seraient pas sur le terrain. Les interventions de chefs de projet informatique sont encore importantes et sous-estimées en nouvelle filière alors que le métier avait vocation à disparaître.
Agilité et nouvelle filière : est-ce vraiment compatible ?
Lors de cette réunion, nous avons également évoqué un document d’audit, réalisé par un cabinet extérieur, sur le déploiement de l’agilité au sein de l’Insee. La partie de cet audit portant sur une unité du SNDI de Lille et déjà présenté aux agents, a mis en évidence de nombreuses carences et manquements dans la mise en place de l’agilité : taille de l’équipe et organisation floue ; pilotage par les délais ; manque d’autonomie dans la priorisation et la prise de décision ; multiplicité de sujets et faible focalisation. Le bilan de ce rapport est explicite, et interroge clairement la compatibilité entre agilité et déploiement de la nouvelle filière. Lors de cette réunion, les membres de l’administration n’avaient pas tous connaissance de ce document, ce qui est regrettable. L’organisation du travail n’est en effet pas dissociable d’une approche par la prévention, surtout lorsqu’elle semble, comme ici, source de risques psycho-sociaux. Les équipes concernées se sont toutefois emparées des conclusions de cet audit pour commencer à améliorer leurs pratiques.
Pour la formation spécialisée (réunion santé au travail) de novembre, nous demandons :
– une association des actrices et acteurs de la prévention (médecins, AP,…) afin de couvrir l’ensemble des risques psycho-sociaux induits par cette évolution majeure pour les travaux de l’Insee, pour l’ensemble des acteurs et actrices. Ceci permettra de travailler sur une véritable fiche d’impact ;
– un bilan des enquêtes qui ont été déployées au sein de la nouvelle filière ;
– des éléments de calendriers sur le basculement définitif au sein de la filière, que ce soit pour les enquêtes ménages ou entreprise ;
– une clarification des rôles de tous les intervenants de la filière, notamment en cas de conflits entre directions ;
– une prise en compte des agents des DEM et des enquêtrices dans le périmètre de la nouvelle filière : ils sont les plus nombreux et au premier rang des agents dont le travail sera impacté par ces modifications ; et des éléments sur les changements qui vont intervenir pour les utilisateurs ;
– un point spécifique sur l’avenir des agents en charge de la filière historique au sein du SNDI de Lille.



