Article publié le 4 novembre 2026.
Service Esane : une catastrophe annoncée
Le tract CGT et SUD
Les difficultés actuelles du service Esane découlent du cumul de plusieurs évolutions majeures, déployées simultanément en 2026, sans étude d’impact préalable, et orchestrées par un pilotage déconnecté.
Depuis 2023, les élu·es CGT et SUD n’ont pas cessé d’alerter (CSA et FS) sur les risques qu’une telle concentration de projets majeurs aura sur les conditions de travail ainsi que sur la santé du personnel.
• Réorganisation interne du service Esane au 1er janvier 2026 : fusion imposée d’unités de travail en grandes divisions sectorielles (de 17 à 20 personnes chacune) et une division transversale pour « faire face à la charge et assurer la continuité du service » (DR44)
• Bascule vers la nouvelle filière : l’intégration des questionnaires ESA dans Platine révèle des régressions techniques majeures
• L’intégration du changement de Nomenclature d’Activités Françaises (NAF) affecte la totalité des processus de travail du service
• Évolutions métier : nouveaux formats de questionnaires, nouveaux libellés d’activités, nouveau Plan Comptable Général 2025, nouvelle méthode de calcul de l’APE, gel de la stabilisation de l’APE, nouvelles pondérations provoquent une explosion des dossiers à traiter par les gestionnaires
• Refonte de l’algorithme de profilage : révision et recettage du nouvel algorithme réalisés dans la précipitation, sans recul sur les bugs applicatifs qui complexifient le traitement des entreprises profilées
• Posture hiérarchique : l’argument du « pas le choix » avancé le 9 juillet 2026 en plénière du service pour justifier ce calendrier contraint ne convainc pas les équipes
La DSE et le DRISS ont décidé de saisir l’opportunité du changement de NAF imposé par Eurostat pour concentrer toutes ces évolutions sur l’année 2026 et n’avoir à se justifier que d’une seule rupture de série statistique. L’imposition d’un calendrier non planifié s’est répercutée sur l’ensemble des filières techniques. Faute de temps et de moyens proportionnés, c’est à marche forcée que ces évolutions ont été réalisées.
Nous craignons d’abord de lourdes atteintes à la qualité des données à partir desquelles des indicateurs économiques seront diffusés (PIB, valeur ajoutée, investissement, etc.). De l’aveu même du DRISS le 9 juillet, cette campagne dite de « transition » sera dégradée…
Nous alertons à nouveau sur les conséquences délétères de cet opportunisme sur les conditions de travail des agent·es relevant de plusieurs directions (DSE, DSI, DR44) : développeur·euses, intégrateur·ices, maintenance, production, gestionnaires.
Constats et axes de tensions
1) Outil Platine et gestion des accès au questionnaire ESA
• Fin des sous-vagues d’envois de courriers, des relances et des mises en demeure : le passage de 15 sous-vagues à 3 vagues génère une surcharge continue des permanences téléphoniques et de la messagerie durant des mois.
• Goulot d’étranglement sur les mots de passe : depuis le passage à Platine, le processus de renouvellement de mot de passe est chaotique pour les entreprises, qui se retournent vers les sites de gestion.
De mai à fin juillet, une soixantaine de gestionnaires sont affairé·es à délivrer des accès au questionnaire ESA à la demande des entreprises alors que les dossiers en anomalie s’entassent dans l’application. Les agent·es ne peuvent plus remplir pleinement leur mission centrale : contrôler, corriger, valider les réponses transmises en continu. Plus de 90 % des demandes d’assistance concernent le renouvellement de mot de passe.
Le recrutement de trois intérimaires pour quatre mois ne constitue en rien une mesure pérenne et n’allégera en aucun cas la charge des permanences de façon substantielle. Quant à l’instauration d’une 4e vague d’envois, elle est bien loin d’être à la hauteur des besoins du service !
2) Charge de travail et calendrier : « En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche » (Shadoks), vous y croyez vraiment ?
La conjonction du changement de NAF avec l’intégration d’un nouveau questionnaire comprenant de nouveaux libellés de branches d’activités a déstabilisé les entreprises qui répondent chaque année à l’ESA.
S’en est suivie une explosion de la volumétrie des codifications d’activités et des changements d’APE : à durée de collecte égale (4 mois), c’est une augmentation de 62 % du nombre de dossiers à traiter par les gestionnaires (+7 500 dossiers) par rapport à l’année dernière ; après 6 mois de collecte, les efforts des agents ont dû se concentrer sur la codification de branches (+60 %) et les changements d’APE des unités légales et des entreprises profilées (+40 %).
À cette heure, plus de 23 000 dossiers ont été traités, soit 90 % du volume de dossiers expertisés lors de la précédente campagne, qui elle, était raccourcie (10 mois au lieu de 12) et avait déjà bien épuisé les équipes ! En compressant les cadences de traitements, les agent·es s’interrogent sur le sens de leurs missions et s’inquiètent de la qualité de leurs travaux.
Ces constats sont sans compter sur plus de 3 000 dossiers prioritaires qui attendent d’être expertisés et qui s’empilent dans l’appli, et ce, malgré l’épuisement général du service. La campagne ne se terminera qu’en février 2027. Ce sont des milliers de questionnaires qui seront transmis d’ici-là. D’autres processus de contrôles seront bientôt mis en production, alourdissant le volume de dossiers à expertiser…
En soutien des équipes… des consignes et des priorisations kafkaïennes annoncées très tardivement (en juillet) s’ajoutent à la charge mentale des agent·es qui font simultanément face à quantité de bugs applicatifs assortis de règles d’exception pour les contourner.
Ce sont les expert·es du service qui adaptent et précisent les consignes souvent floues de la maîtrise d’ouvrage. C’est également à ces expert·es qu’incombe la charge de décortiquer le comportement de l’algorithme et des bugs applicatifs qui émaillent la campagne. Cette inversion des rôles et des responsabilités pour des agent·es de catégorie B et C est emblématique d’une organisation dysfonctionnelle !
Comme nous l’avions signalé dès 2023, les surcharges de travail se sont abattues sur l’ensemble des référent·es et expert·es, pris·es en étau entre l’urgence de produire une documentation à jour (NAF, consignes, évolutions méthodologiques), la nécessité de former leurs collègues et l’obligation de tester et recetter toutes ces évolutions dans une application obsolète — le tout, sans aucun ajustement de la part de la DR.
Pour finir, le calendrier d’une campagne ESA produit un effet ciseau au mois d’août. L’ouverture simultanée en plein été de plusieurs processus de contrôle de variables et du traitement des entreprises profilées selon une nouvelle méthodologie finit par achever les gestionnaires dès leur retour de congés.
La direction ne semble pas s’émouvoir de l’abattement général puisqu’elle insiste sur la progression des traitements prioritaires afin de transmettre des données provisoires à Eurostat avant la fin du mois de septembre… C’est encore sur les petites mains du service que repose la lourde responsabilité de combler la multitude de défaillances et garantir un semblant de qualité dans des conditions déplorables.
3) Management et pilotage : « faites pour le mieux »
Les agent·es dénoncent le désengagement de l’encadrement face aux surcharges de travail. Participer activement aux permanences et aux traitements opérationnels aurait témoigné d’un soutien réel de la hiérarchie — ce soutien a fait défaut.
En période de crise, un positionnement adéquat de l’encadrement aurait concouru à une dynamique de cohésion des équipes, alors que cet aspect fait cruellement défaut à l’issue de la réorganisation du service. En revanche, la nécessité de créer du “collectif” est sans cesse invoquée comme si la hiérarchie était un facteur externe de l’équation.
Le pilotage se borne au suivi des seuls indicateurs bruts, c’est-à-dire la volumétrie des dossiers comme objectif premier. Cette approche masque d’une part la complexité réelle des cas traités au quotidien, et d’autre part, elle creuse davantage la déconnexion entre les équipes et l’encadrement. D’ailleurs, les agent·es doutent sérieusement de la capacité de la hiérarchie à arbitrer et estimer la charge de travail alors que son expertise métier et sa connaissance des enjeux techniques sont très limitées.
Les agent·es du service n’en peuvent plus de s’entendre dire « faites pour le mieux ». C’est à nouveau leur déléguer une responsabilité qui n’a jamais été la leur. Derrière cette consigne, il y a soit un aveu d’échec de l’encadrement, soit le choix de pérenniser son incapacité à trancher et à dire clairement « stop ! » à la maîtrise d’ouvrage lorsque les conditions ne sont plus réunies.
Pour conclure, avec de telles méthodes, la DSE, la DSI et la DR44 contribuent elles-mêmes au manque d’attractivité de la statistique d’entreprises. La production de statistiques fiables et robustes ne doit plus se faire au détriment de la santé de nos collègues !
C’est pourquoi nous exigeons la programmation d’un cycle de concertations avec ces trois directions, afin que des mesures concrètes améliorent radicalement les conditions de travail des collègues qui œuvrent sans relâche pour ESANE.
Revendications pour la campagne 2027 :
Priorités RH :
• Recrutement de 4 postes permanents pour les 4 unités de travail du service
• Renforcer les équipes informatiques dédiées à la filière à la hauteur des développements à réaliser
• Renforcer les effectifs de la production (div Esane DG) et de maintenance pour absorber et valider les demandes d’évolutions et résoudre les nombreux bugs applicatifs dans des délais compatibles avec une campagne ESANE
• Inscrire toutes les unités du service Esane au prochain Duerp, recueil à réaliser uniquement par l’Assistante de Prévention de la DR44
Priorités de développements informatiques
• Développer un accès au questionnaire avec identification autonome pour les entreprises
• Garantir un minimum de 4 sous-vagues espacées pour la vague 2 (60 000 unités légales)
• Inscrire la refonte de l’IHM au prochain schéma directeur de l’application comme priorité d’investissement absolue
• Conformer le questionnaire ESA aux critères d’accessibilité
Priorités organisationnelles
• Réinterroger les pratiques de traitements des agent·es et en fournir un bilan
• Simplifier les consignes de traitements sur la base de ce bilan
• Prioriser les processus de contrôles de codifications et d’APE
• Prioriser de manière absolue l’appropriation de la NAF 2025 par tout le service Esane !
• Impliquer davantage les managers sur les permanences et les activités opérationnelles avec un portefeuille adapté de très grandes entreprises
• Décaler les ouvertures simultanées des processus et supprimer l’effet ciseau du mois d’août
• Réexaminer la réorganisation avec un bilan des agents
• Cesser de faire porter sur les agent·es la responsabilité de l’attractivité du service
• Étudier l’impact et séquencer les prochaines évolutions majeures à partir des campagnes 2028 et suivantes avec un calendrier de déploiement étalé



