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Article publié le 5 octobre 2026.

Liminaire CGT et SUD au CSA en formation spécialisée le 17 septembre 2026

Monsieur le Directeur régional, mesdames et messieurs les membres de la direction,

La CGT et SUD souhaitent ouvrir cette instance en dénonçant une dérive managériale locale inacceptable, qui s’attaque frontalement aux collègues les plus vulnérables de notre direction régionale.
Depuis cet été, le service administration des ressources (SAR) exige des agents reconnus en Affection de Longue Durée (ALD) ou atteints d’une maladie chronique la fourniture systématique d’un certificat médical pour chaque journée d’absence liée à leur pathologie — et ce, en plus de l’attestation de Sécurité sociale à jour qui précise déjà la période de reconnaissance en ALD. À défaut, l’injonction est brutale : poser un jour de congé annuel pour « compenser ».
Cette pratique est tout simplement illégale au regard de nos propres textes de référence. Nous rappelons à la direction la teneur exacte du Guide des autorisations d’absence de l’INSEE (note n° 2026_8287_DG75-C960 du 13 avril 2026, chapitre 3.2, page 14) : « Une affection de longue durée ou une maladie chronique telle que migraine, endométriose, etc. peuvent amener l’agent à s’absenter exceptionnellement et sans consultation médicale. Cette absence ne pourra pas en continu excéder 2 jours. »
Le texte est limpide : sans consultation médicale. Or, par quelle acrobatie administrative prétendez-vous exiger un certificat médical sans qu’il y ait eu de consultation ?
Derrière cette exigence bureaucratique se cachent une méconnaissance totale du quotidien des personnes malades et un mépris manifeste de leurs droits. Se rend-on compte de ce que vous demandez concrètement ? Quand un ou une collègue subit une violente crise de migraine chronique ou une poussée d’endométriose le ou la clouant au lit dès l’aube, il ou elle devrait, dans les déserts médicaux normands que nous connaissons tous, dénicher un rendez-vous chez un médecin dans l’heure ? Ou bien l’obtenir trois jours plus tard pour quémander un « mot d’excuse » antidaté ? Trois jours au terme desquels la crise est souvent passée, obligeant l’agent à devoir justifier sa bonne foi face à un praticien qui, ne constatant plus de symptômes aigus, peut légitimement refuser de délivrer une attestation !
Pire encore, cette exigence bafoue le secret médical. L’attestation de droits téléchargeable sur Ameli indique une période d’ALD sans en dévoiler la nature, protégeant ainsi la vie privée de l’agent. À l’inverse, exiger un certificat ponctuel délivré par un médecin spécialiste (oncologue, neurologue, gynécologue, psychiatre…) revient de fait à divulguer indirectement la pathologie de l’agent au service RH. C’est une intrusion inacceptable dans la sphère médicale privée.
Tout cela est une entrave délibérée à l’exercice d’un droit légitime. En alourdissant artificiellement les démarches, vous organisez l’impossibilité de recourir à ces autorisations spéciales d’absence.
La seule réponse de la direction consiste à brandir l’argument selon lequel « ces absences doivent rester exceptionnelles ». La CGT et SUD répondent clairement : la suspicion généralisée envers les agents malades n’est pas une méthode de gestion des ressources humaines, c’est une politique de maltraitance. Mettre des barrières administratives infranchissables pour forcer des collègues souffrants à puiser dans leurs congés relève de la discrimination fondée sur l’état de santé, sanctionnée tant par le statut que par le Code du travail et le Code pénal.
À cette brutalité sur le fond s’ajoute une lâcheté sur la forme. Ce passage en force a été arbitrairement décidé en CODIR au cœur du mois de juillet, avant d’être mis en œuvre sans concertation du jour au lendemain. La direction a choisi d’instrumentaliser les gestionnaires RH locaux en les plaçant en première ligne pour porter une mesure indéfendable.
Ce n’est pas aux gestionnaires de porter le chapeau ni d’annoncer à leurs propres collègues la remise en cause de leurs droits ! Depuis les suppressions de postes de septembre 2025, la charge de travail au SAR est déjà intenable. En plus de devoir gérer l’incompréhension et la détresse émotionnelle générées par vos choix, les collègues RH doivent bricoler et justifier un circuit de validation obscur, dénué de tout fondement juridique et issu d’une pure décision unilatérale locale. Si la direction assume cette politique de régression sociale, qu’elle vienne l’annoncer et la justifier elle-même devant les personnels !

La CGT et SUD exigent :
 → L’abandon sans délai de l’exigence de certificat médical pour les absences de courte durée liées à une ALD ou affection chronique, conformément à la note nationale du 13 avril 2026.
 → La régularisation immédiate et la réattribution des jours de congés annuels imposés à tort aux collègues depuis l’application de cette directive locale illégitime.
 → Une communication officielle et écrite de la direction à l’ensemble du personnel pour clarifier la règle, présenter ses excuses aux équipes du SAR mises en porte-à-faux, et mettre un terme définitif à ce climat d’inquisition.

La CGT et SUD ne peuvent non plus ouvrir cette réunion sans interpeller solennellement la direction sur une attaque d’une gravité exceptionnelle qui vise directement le cœur de notre métier, notre statut et l’intégrité de chacun des personnels de l’INSEE.
Avant-hier, le 15 septembre 2026, sur le plateau de LCI, Jean-Philippe Tanguy, député et cadre dirigeant du Rassemblement national, s’en est pris violemment à notre institut. Selon lui, l’INSEE ne ferait qu’« obéir au gouvernement » qui diffuserait des « chiffres bidon ».
Ces propos ne relèvent ni du simple commentaire politique, ni de l’analyse critique : ce sont des insultes pures et simples adressées aux agents de la statistique publique, doublées d’une tentative délibérée de discréditer notre mission régalienne d’information éclairée des citoyens. Dire que l’INSEE obéit à des injonctions partisanes pour falsifier des données, c’est traiter l’ensemble des enquêteurs, des gestionnaires, des informaticiens et des statisticiens de faussaires aux ordres. C’est inacceptable, et la CGT et SUD ne laisseront pas passer de telles calomnies sans réagir.
Cette rhétorique du mensonge et du soupçon n’est pas un dérapage isolé, elle est consubstantielle au projet politique de l’extrême droite. Partout où elle s’exprime ou accède au pouvoir, la vérité statistique est la première cible :
 → La délégitimation constante des faits scientifiques et chiffrés : inflation, chômage, démographie, précarité, changement climatique… Dès qu’un indicateur contrarie leur récit idéologique fondé sur la peur et le rejet de l’autre, il est qualifié de complot d’État ou de falsification.
 → L’exemple glaçant des précédents internationaux : nous savons exactement où mènent ces attaques. Aux États-Unis, sous l’administration Trump, nous avons assisté à la censure de données climatiques et environnementales, à des tentatives d’ingérence directe dans les questionnaires du Census Bureau pour exclure des populations, ou encore à la délocalisation forcée d’agences de recherche économique pour pousser des statisticiens et chercheurs indépendants à la démission. En Hongrie ou ailleurs, la mise au pas des instituts nationaux, le remplacement des directions par des affidés politiques et l’étranglement budgétaire sont des méthodes éprouvées pour briser l’autonomie de la statistique publique.
L’extrême droite n’aime pas les chiffres indépendants parce qu’elle déteste la réalité lorsqu’elle contredit ses mensonges. En s’attaquant à l’INSEE, elle prépare le terrain pour fabriquer ses propres « vérités alternatives » et imposer le silence aux contre-pouvoirs.
Face à cette offensive idéologique, le silence de l’administration serait une complicité passive coupable. Nous rappelons que l’INSEE tire sa légitimité de son indépendance professionnelle, inscrite dans la loi de 2008 de modernisation de l’économie, garantie par le Code de bonnes pratiques de la statistique européenne et par l’Autorité de la statistique publique (ASP). Mais ces gardes-fous juridiques ne suffisent pas si notre hiérarchie baisse la tête devant les intimidations fascisantes.
Les agents de l’INSEE, en Normandie comme partout sur le territoire, accomplissent leurs missions avec un dévouement total et une rigueur méthodologique irréprochable. Ils méritent d’être défendus fermement et publiquement face à des attaques politiciennes infamantes.
En conséquence, la CGT et SUD exigent de la direction régionale :
 → Qu’elle fasse connaître immédiatement et sans ambiguïté sa position face aux accusations de Jean-Philippe Tanguy.
 → Qu’elle relaie sans délai auprès de la Direction générale notre exigence d’une communication publique et d’une plainte pour diffamation ou outrage contre ces accusations de manipulation des données publiques.
 → Qu’elle rappelle solennellement son engagement sans faille à protéger les personnels et à défendre l’indépendance professionnelle absolue de l’institut face à toutes les menaces politiques, d’où qu’elles viennent.

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